Peugeot Sochaux : une vitrine de performance industrielle pour Stellantis

À Sochaux, berceau historique de Peugeot, l’usine Stellantis s’impose aujourd’hui comme l’un des sites les plus performants du groupe. Une position qu’elle défend dans une rivalité assumée avec Vigo, en Espagne, autre référence industrielle du constructeur. Cette compétition interne est devenue un levier clé pour tirer vers le haut les standards de qualité et de productivité.

 

Le site franc-comtois fonctionne avec 2,5 équipes et produit environ 1 050 véhicules par jour, essentiellement des Peugeot 3008 et 5008. La production se répartit à 70 % pour le 3008 et 30 % pour le 5008, dans toutes leurs motorisations : thermique, hybride et électrique. Sur les 230 000 véhicules assemblés en 2025, entre 20 et 25 % sont électriques. Une proportion qui devrait rester stable en 2026, contre 154 000 en 2024.

 

 

D’une usine en difficulté à un modèle industriel

 

Créée en 1912, l’usine de Sochaux a longtemps souffert d’un outil industriel surdimensionné et de flux logistiques complexes. Au début des années 2010, alors que PSA était au bord de la faillite, le site figurait parmi les moins compétitifs du groupe.

 

Le redressement s’est opéré à partir du plan Sochaux 2022, qui a marqué un tournant. Au total, près de 200 millions d’euros ont été investis pour transformer en profondeur les ateliers, auxquels s’ajoutent aujourd’hui 120 millions pour la nouvelle zone de peinture.

 

Résultat : l’usine revendique aujourd’hui la première place en Europe au sein de Stellantis. "C’est la meilleure en qualité", assure Manuel Gentile, directeur du site. L’utilisation de l'IA, notamment, a permis un gain de 20 points du référentiel qualité qui est passé de 70 à 90 % en trois ans. Deux tunnels de caméras ont été ajoutés, grâce à une collaboration avec une université locale pour déterminer à plusieurs étapes les problèmes de soudure, de peinture mais aussi du montage final.

 

Le pari du compactage et de l'innovation

 

La transformation du site repose sur un principe clé : le compactage. L’empreinte au sol de l’usine a été divisée par deux, permettant de réduire drastiquement les coûts et d’optimiser les flux.

 

Dans le détail, plusieurs tranches d’investissements ont permis cette mutation, l’aire de montage a reçu 130 millions d’euros pour sa modernisation. 33 millions d’euros ont ensuite permis l’intégration d’une nouvelle presse capable de produire jusqu’à quatre pièces en même temps. 30 millions d'euros ont été accordés au ferrage, largement robotisé. Plus récemment, huit millions d’euros ont permis à la logistique interne d'entrer dans un nouveau monde.

 

Cette transformation logistique est l’un des piliers du gain de compétitivité. L’usine s’appuie désormais sur un transtockeur de 25 mètres de haut, fonctionnant 24 heures sur 24 et capable de gérer jusqu’à 4 500 palettes. "Les pièces circulent aujourd’hui sur 150 mètres, contre un kilomètre auparavant", avance Manuele Gentile. "Le flux logistique dicte la performance de l’usine." L’intelligence artificielle vient renforcer cette optimisation, en permettant notamment de réduire encore les distances parcourues dans l’usine.

 

Peinture : une rupture technologique majeure

 

C’est toutefois dans l’atelier de peinture que la transformation est la plus spectaculaire. En cours de finalisation, ce nouvel atelier, doté de 120 millions d’euros d’investissements, sera pleinement opérationnel d’ici fin 2026. Intégré entre le ferrage et le montage, il remplace une organisation éclatée et éloignée. Sa surface a été divisée par quatre et le nombre d’étapes réduit de douze à sept.

 

Surtout, Stellantis y déploie un procédé inédit : toutes les couches de peinture (apprêt, base et vernis) sont désormais appliquées avant une seule cuisson finale. Une rupture avec les procédés traditionnels, qui nécessitaient plusieurs passages en four.

 

Les gains sont significatifs : -30 % de consommation d’énergie, -50 % d’eau et une division par deux des émissions de CO₂. Autre innovation : une technologie comparable à de l’impression jet d’encre permet d’appliquer la peinture avec une précision extrême, supprimant les pertes liées à la pulvérisation.

 

Baptisée OFA pour (Overspray Free Application), et basée sur des robots équipés de microbuses, celle-ci permet de peindre certaines zones, comme les toits "bi-tons", sans masquage et sans perte de matière. Cette avancée ouvre la voie à plus de personnalisation sans coût industriel supplémentaire. Une huitième teinte sera d’ailleurs introduite sur les 3008 et 5008 lors du prochain restylage à mi-vie du véhicule.

 

Un site stratégique dans l’organisation européenne

 

Le site de Sochaux s’inscrit dans un cluster de 42 usines terminales supervisé par Étienne Martin-Commandeur, couvrant la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ce périmètre comprend huit sites produisant au total 3 500 véhicules par jour.

 

En France, Stellantis dispose de cinq usines d’assemblage (Rennes, Poissy, Mulhouse et Sochaux) sur douze sites industriels. Le pays représente 15 % des effectifs du groupe et 22 % de la R&D du groupe.

 

 

À Sochaux, 5 400 salariés en CDI et 1 050 intérimaires travaillent sur le site, dont la production a progressé de 49 % entre 2024 et 2025. De quoi arborer l'un des meilleurs taux d’utilisation des sites du groupe, à 81 %, derrière l’usine d’Hordain (59) qui produit des véhicules utilitaires du groupe, mais aussi de Toyota et prochainement d’Iveco.

 

Malgré l’automatisation, la main-d’œuvre représente encore environ 60 % du coût de production d’un véhicule. "On n’est pas près de remplacer les hommes par des robots humanoïdes", insiste Manuel Gentile.

 

Pour Étienne Martin-Commandeur, le site de Sochaux est une véritable pépinière de talents. Ce dernier possède une large vision du manufacturing de Stellantis, l'objectif est bien de comparer les résultats des différentes usines pour pousser la performance. "Chaque jour, nous disposons des données sur les meilleures pratiques de chaque site, c'est une organisation assez militaire", reconnaît-il.

 

Chaque pays du groupe apporte ainsi ses spécificités. La culture de l'efficacité et du pragmatisme américain se compare à la grande capacité analytique des Français, à l'agilité britannique mais aussi à l'amour de la technologie et à la discipline dans l'exécution allemande. "L’objectif est de mixer ces cultures", explique Étienne Martin-Commandeur, dans une logique portée par Antonio Filosa.

 

Vers plus de flexibilité produit

 

Enfin, Stellantis amorce une inflexion stratégique. Après des années de rationalisation extrême sous Carlos Tavares, la diversité des modèles pourrait revenir progressivement.

 

"Nous avons beaucoup appris en contraignant la diversité, en faisant la chasse à la diversité coûteuse. Mais nous pouvons aujourd’hui rouvrir certaines gammes comme Business ou GTX", indique Agnès Tesson-Faget, directrice produit de la marque. En améliorant les échanges entre le produit et les usines, Peugeot peut se permettre à nouveau de relancer des séries spéciales qui pourraient redevenir des éléments d'animation de l'offre commerciale.

 

Actuellement, les équipes de l'usine de Saragosse en Espagne préparent la mise en production de la 208 GTI dont les commandes seront lancées pour les 24 Heures du Mans cette année.

 

À Sochaux, la hausse de la production des Peugeot e-3008 et e-5008 grande autonomie se confirme

À Sochaux (25), où sont produites les Peugeot e-3008 et e-5008, la bataille industrielle se poursuit pour la montée en cadence des versions "long range". Ces modèles à grande autonomie qui concentrent une part croissante de la demande souffrent toujours d’un manque de production des batteries issues de la gigafactory d’ACC.

 

 

Sur les lignes du site franc-comtois, environ 100 véhicules par jour sortent désormais équipés de ces batteries longue autonomie. Une production encore minoritaire à l’échelle des 1 050 voitures assemblées quotidiennement, mais dont la progression est stratégique. Elle accompagne la transformation du mix produit, alors que les Peugeot 3008 et 5008, produits respectivement à 70 % et 30 % du volume total, se déclinent en versions hybrides, thermiques et électriques.

 

Une demande soutenue, mais sous tension

 

La demande de ces versions à forte autonomie (700 km WLTP) dépasse encore les capacités immédiates de production. Mais aujourd’hui, Stellantis observe une nette amélioration de l’approvisionnement en cellules, notamment grâce à la montée en puissance de la production des batteries de 96,9 kWh. Résultat : les délais devraient progressivement se normaliser, avec une convergence attendue autour de septembre pour les commandes déjà enregistrées, comme l’a confirmé le directeur de l’usine sochalienne, Manuel Gentile.

 

Néanmoins la tension reste forte. Les nouvelles commandes passées sur ces versions "long range" affichent un horizon de livraison situé au premier trimestre 2027, selon Agnès Tesson-Faget, directrice du produit de la marque Peugeot. Un décalage qui illustre l’appétit du marché pour les modèles électriques à grande autonomie et les contraintes industrielles qui persistent sur la chaîne batterie.

 

Une stratégie d’approvisionnement hybride

 

Pour l’instant, l'essentiel de la production se poursuit avec les batteries standard de 73 kWh qui offrent une autonomie de 521 km. Celles-ci sont principalement fournies par BYD. Mais le groupe commence à intégrer des volumes en provenance de Samsung, récupérés notamment sur des marchés où l’électrification progresse moins vite, comme les États-Unis.

David Guérin à la tête de Peugeot France, Lionel Ehrhard hérite du BtoB

David Guérin range son costume de directeur de la cellule dédiée aux véhicules d’occasion de Stellantis France pour endosser celui de directeur de Peugeot France à compter du 1er mai 2026. Il officiait à la tête du VO depuis mars 2024.

 

Dans ses nouvelles fonctions, il succède à Lionel Ehrhard. Ce dernier avait été nommé à la tête de la marque lion en décembre 2024.

 

Il n’aura donc œuvré qu’une seule année pleine aux commandes de Peugeot France, avec un bilan honorable de 221 001 mises à la route de voitures particulières (-5 %) et 66 257 immatriculations d’utilitaires légers (-1,8 %).

 

Lionel Ehrhard au BtoB, Arnaud Treille aux VUL

 

Lionel Ehrhard prend d’ailleurs du galon puisqu’il devient directeur du BtoB de Stellantis en France. Il prend ici la suite d’Arnaud Treille, qui remplace Aymeric Le Her à la direction de la division européenne de Pro One.

 

Ce dernier a pris, au 1er avril 2026, la direction de l’activité pièces de rechange de Stellantis & You, la filiale de distribution du groupe.