Camions électriques : la dynamique est enclenchée selon les constructeurs

Jeudi 22 janvier 2026, la Csiam (Chambre syndicale internationale de l’automobile et du motocycle) tenait son traditionnel point de début d'année dédié aux véhicules industriels, avec la présence des dirigeants des constructeurs. L'occasion de confirmer la tendance dressée par l'OVI (Observatoire du véhicule industriel) : le marché a moins chuté que craint. Les immatriculations de poids lourds de plus de 7,5 tonnes en France ont atteint 42 600 unités en 2025, soit 9,9 % de moins en un an.

"C'est moins important que ce qui avait été annoncé en début d'année. La reprise des immatriculations au second semestre a permis de maîtriser cette baisse", remarque Emma Cartier, responsable de la branche véhicules Industrielles de la Csiam. À noter que 90 % des immatriculations de plus de 7,5 tonnes concernent des camions de plus de 16 tonnes (38 445 unités, contre 4 155 pour les 7,5 à 16 tonnes).

L'électrique gagne du terrain

C'est bien sur les énergies alternatives au diesel que les constructeurs ont fait le focus. Elles représentent 10,2 % des immatriculations en 2025, contre 10,3 % en 2024. En revanche, leur part a changé : le B100 et le gaz ont légèrement chuté (de 5,8 % à 5,4 % pour le premier, de 3,1 % à 2,8 % pour le second). Si ce n'est pas la seule explication, le brouhaha politique au sujet des biocarburants n'a pas aidé. L'électrique en a profité, atteignant 2 % de part de marché en 2025 (865 immatriculations), comme espéré à la fin de l'été.

Pour les camions à batteries, tous s'accordent pour dire que la dynamique est enclenchée, grâce notamment à un second semestre dynamique. Le nouveau système d'aides, en place depuis un an, y a contribué. "Ce n'est pas encore bien visible dans les chiffres, mais l'électrique n'est plus une interrogation : il y a une vraie quête d'information de la part de clients, qui demandent comment électrifier leur flotte. Les entreprises de TRM ne regardent plus juste cette énergie de loin", commente Benoit Tanguy, président de la branche véhicules industriels de la Csiam et PDG de Scania France.

Dans le détail, on a recensé 10 % d'immatriculations de porteurs électriques en plus sur un an (538 unités), et surtout +99,4 % d'immatriculations de tracteurs électriques. De 164 en 2024, le nombre de mises à la route a atteint les 327 l'an dernier. "Tous les constructeurs ont une offre pour répondre aux différentes activités. Le point sur lequel il faut absolument travailler est la recharge", poursuit Benoit Tanguy.

Les infrastructures de recharge : la priorité du moment

En effet, les constructeurs estiment que la priorité est désormais le développement d’un maillage d'infrastructures de recharge pour répondre aux besoins des transporteurs désireux de passer à l'électrique. Cela nécessite notamment une réduction des délais d'obtention des autorisations administratives et une facilitation d'accès au foncier pour l’implantation des bornes. Sans oublier l'aspect financier.

Les aides Advenir sur les stations publiques, et la rétrocession de la Tiruert sur les stations privées sont mises en avant par les constructeurs, qui veulent aussi une meilleure visibilité des coûts de l'énergie. "C'est important d'avoir des aides pour installer une borne, mais le coût de la recharge importe aussi. Le coût de la recharge au dépôt est satisfaisant, mais en itinérance, ce n'est pas possible", insiste Clément Chandon, directeur énergies alternatives d'Iveco France.

Outre la recharge, la Csiam met en avant trois autres piliers pour développer plus largement l'électrique dans le poids lourd : la pérennisation des dispositifs d'aide à l'achat, l'implication des chargeurs dans la trajectoire de décarbonation, et l'éco-score, qui pourrait favoriser la production européenne. Un sujet à suivre.

La part des immatriculations de camions électriques approche les 2 % en France

C'est une habitude de la rentrée : la branche véhicules industriels de la Chambre syndicale internationale de l’automobile et du motocycle (Csiam) fait le point sur les immatriculations de la première partie de l'année écoulée. Rappelons que les adhérents de la Csiam représentent 70 % des immatriculations de poids lourds.

Sans surprise, et conformément aux précédents indicateurs dont nous disposions, 2025 n'est pas une bonne année en termes de nombre de camions mis à la route. "Le marché 2024 s’était stabilisé à un niveau très haut en volume mais 2024 a été une année faible en entrées de commandes, ce qui se traduit par un recul important des immatriculations sur la première partie de 2025", analyse la Csiam.

Entre 39 500 et 41 000 sur l'année complète

Ainsi, les données AAA Data dénombrent 27 105 immatriculations de véhicules de plus de 7,5 tonnes en France entre janvier et août 2025, contre 32 520 sur la même période l'an dernier. La chute est de 16,8 %. Par rapport à l'année complète qui s'était achevée à 47 201 mises à la route, les prévisions de l'OVI (Observatoire du véhicule industriel) sont de 39 500 à 41 000 unités en 2025, soit entre 16,2 et 19,4 % de recul.

Cela se passe légèrement mieux pour les porteurs (-11 % d'immatriculations, 12 977 unités) que les tracteurs routiers (-21,2 %, 14 128 unités). Des chiffres qui "reflètent l’état des carnets de commande sur la deuxième partie de l’année 2024", selon la Csiam, qui ajoute : "L’écart de performance entre porteur et tracteur est une question de délais de carrossage."

505 camions électriques immatriculés

Côté énergies alternatives, la progression est lente mais certaine. La part de camions électriques dans les immatriculations est proche d'atteindre les 2 % (1,9 %). Cela représente 505 unités (170 tracteurs, 335 porteurs), soit une hausse de 65 % sur un an. La part était de 1,2 % entre janvier et août 2024 (306 unités), et de 1,4 % sur l'année complète.

Le gazole reste toujours largement majoritaire (88,3 % des immatriculations), quand le B100 exclusif se stabilise (6,1 %, contre 6 % l'an dernier). De 3 % entre janvier et août 2024, la part des camions gaz est passée à 3,7 % sur la même période cette année. Rappelons que les poids lourds génèrent le quart des émissions de gaz à effet de serre émis par le secteur des transport (qui lui-même est responsable du tiers des émissions totales en France).

Le bilan de la Csiam permet également de dresser le portrait du parc de VI français. 39 % du parc des plus de 7,5 tonnes sont détenu par à peine 1 % des entreprises de transport : celles qui détiennent plus de 100 cartes grises. A l'inverse, les petits transporteurs qui comptent entre 1 et 4 camions ne détiennent que 13 % du total des poids lourds… alors que ce sont 73 % des entreprises de transport en France. "L’essentiel des clients du poids lourd sont des entreprises avec une flotte de petite taille", conclut la Csiam.

L'électrique peine à progresser

Le chemin est encore long ! Sur les 33 766 poids lourds de plus de 5,1 tonnes immatriculés entre janvier et août 2024 (un chiffre en baisse de 4,5 % par rapport à la même période en 2023), seuls 316 roulent à l'électrique. La part n'est donc que de 0,9 %, comme le relève la Csiam dans son point de rentrée. L'organisme rappelle que l'objectif 2030 est que 46 % des immatriculations de PL soient 0 émission en 2030.

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Des aides indispensables

Par rapport à la période janvier-août 2023, la hausse d'immatriculations électriques est certes de 20,2 % (263 mises à la route l'an dernier), mais la part reste faible. Dans le détail, on retrouve 220 porteurs à batteries (-7 %) pour 96 tracteurs (+269 %). La part de l'électrique dans le mix des mises à la route pourrait cependant augmenter d'ici la fin d'année : "Les résultats de l'appel à projets 2023 de l'Ademe devraient se traduire dans les immatriculations du second semestre 2024", prévoit Marie Defrance, adjointe à la présidente déléguée de la Csiam.

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Des aides indispensables à la montée en puissance de ce marché selon la Csiam. "Le budget des aides a été doublé en 2024 par rapport 2023, se réjouit Marie Defrance. Nous espérons que cette enveloppe continue à être augmentée en 2025, mais nous n'avons pas de visibilité pour l'instant. En Allemagne, l'arrêt des aides a fortement impacté les achats de PL électriques."

Le B100 exclusif en forte hausse

Sorti de l'électrique seul, les énergies alternatives dans leur ensemble progressent. Les immatriculations de PL roulant au gazole concernent encore 90,3 % du total à fin août, mais elles représentaient 92,5 % des mises à la route fin août 2023. La baisse est donc enclenchée. 5,4 % des immatriculations concernent désormais des camions roulant au B100 exclusif, une part de marché presque doublée sur un an, justifiée par un cadre réglementaire favorable. Le gaz baisse un peu : 3,3 % dans le mix, contre 4,2 % il y a un an.

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"Environ 15 % des immatriculations sont réalisées en biocarburants de façon exclusive B-1 ou non exclusive B-100 et XTL. Il s’agit aujourd’hui de la solution préférée à court terme des transporteurs pour décarboner, remarque Jean-Yves Kerbrat, directeur général de MAN Truck & Bus France. On ira vers de l'électrique et hydrogène. Mais, a minima, il y a cette première phase de décarbonation qui s'est enclenchée." Les biocarburants permettent en effet de réduire les émissions des poids lourds à court terme, mais ne répondent pas à la réglementation européenne. "Seuls l'électrique et l'hydrogène le font", rappelle Marie Defrance.

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L'hydrogène, une "niche" ?

La Csiam prévoir que l’hydrogène sera une solution "probablement en fin de décennie", mais seulement "dans les cas d’usage où les véhicules à batteries ne seront pas en capacité d’opérer". Cette énergie "devrait rester une niche pour les poids lourds".

En attendant, Marie Defrance insiste sur le besoin d'une "neutralité technologique entre les biocarburants, qui permette à court terme un baisse des émissions du puit à la roue". Elle ajoute que la Csiam souhaiterait "un cadre réglementaire favorisant le XTL exclusif, comme pour le B-1, éligible au Crit'Air 1".

L'électrique bientôt majoritaire pour les bus

Côté bus, l'électrique atteint plus de 40 % de part de marché sur les immatriculations, contre 19 % à la même époque l'an dernier. C'est plus que le double du gazole (16,2 %), et juste derrière le gaz (43,3 %), qui connait lui une forte baisse (57,8 % des immatriculations à fin août 2023). Parallèlement, l'électrique ne représente que 0,9 % des cars mis à la route, pour lesquels le gazole reste majoritaire (87,8 %). La Csiam a d'ailleurs annoncé un groupe de réflexion sur les segments bus et cars. Elle entend "tenter d'élaborer des messages communs sur la filière".

Pour les VU, enfin, le diesel reste majoritaire, sans surprise. Il concerne 78 % des immatriculations des 8 premiers mois de l'année. La part des motorisations essence est de 13,3 %, quand l'électrique est à 7 %.  Les VU à batteries représentaient 7,8 % des immatriculations lors des 8 premiers mois de l'année 2023. La part de marché est donc en baisse… Mais le chiffre brut a lui augmenté, comme les immatriculations totales. 18 156 VUL électriques ont été mis à la route entre janvier et août (+3 %), et 30 VU de 3,5 à 5,1 tonnes (+50 %). "Sur les gros utilitaires, on reste sur 97 % de diesel", remarque néanmoins Jean-Yves Kerbrat.

Vers une forte baisse des immatriculations de poids lourds

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas pour le secteur du poids lourd. Dans son point de rentrée, la Csiam (qui affiche 70 % des immatriculations des PL, bus et autocars avec ses 11 adhérents) note un marché en baisse sur les huit premiers mois de l'année.

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Rappelons en effet que 48 865 poids lourds (plus de 5,1 tonnes) ont été mis à la route, en France, en 2023 (source AAA Data), après deux années autour des 44 000. A fin août 2024, on compte 33 766 immatriculations sur ce segment, soit 4,5 % de moins qu'à la même époque l'an dernier (35 351).

"Nous n'en sommes qu'au début"

"Le marché avait poursuivi sa croissance en début d'année, mais a connu une grosse baisse à partir de l'été. C'était anticipé par les constructeurs, et cela devrait continuer sur la fin d'année. Nous avions terminé 2023 à un niveau assez exceptionnel, il est peu probable qu'on y arrive en 2024", commente Marie Defrance, adjointe à la présidente déléguée de la Csiam.

"Ces chiffres sont le reflet de ce qu'on voit sur le carnet de commandes depuis quelques années, analyse Jean-Yves Kerbrat, directeur général de MAN Truck & Bus France. Nous sommes sur un cycle à la baisse en termes de commandes, et allons donc nous retrouver avec un marché clairement en baisse. Nous n'en sommes qu'au début car, depuis presque un an, il y a une grosse baisse des commandes."

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Les "changements de règlements cet été" (Stéphane Espinasse, président d'Iveco France) ou encore "l'incertitude politique des derniers mois" (Brice Maurandi, directeur marketing de Volvo Trucks France) sont des facteurs explicatifs des chiffres en baisse cet été. Ulrich Loebich, président de Daimler Truck France, ne veut pas jouer les alarmistes en rappelant qu'il s'agit d'une "normalisation du marché, pas d'une crise, car 2023 était une année exceptionnelle".

Les porteurs en progression

Dans le détail, on constate que les immatriculations des tracteurs sont particulièrement en baisse sur la période janvier-août (-9,7 %, 17 917 unités), alors que les porteurs ont eux progressé de 2,2 % (15 849 immatriculations).

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Cet écart est "une question de timing" selon Laurent d'Arnal, directeur commercial de Volvo Truck France. "Il s’explique par un back log important accumulé chez les carrossiers liés aux difficultés d’approvisionnement de 2023 associé à une accélération des immatriculations du fait de l’entrée en vigueur de la réglementation GSR2 en juillet 2024. De ce fait, le marché 2024 s’annonce encore bon en immatriculations. Il est en revanche faible en entrées de commandes, ce qui augure une baisse des immatriculations en 2025."

Tout roule pour le bus et le VU

Notons que le marché du bus reste stable, et même en légère croissance, de 3,1 % (1 086 immatriculations sur les huit premiers mois de l'année. Celui du car croît de 1,3 %. L'explication vient notamment du marché du tourisme, qui "reprend de la vigueur après avoir eu du mal à repartir suite au Covid" selon Jean-Yves Kerbrat.

Côté véhicules utilitaires, enfin, "l'année 2023 avait été exceptionnelle, 2024 se poursuit sur cette lancée", résume Marie Defrance. En effet, 8,1 % de VU en plus (soit 261 451) ont été immatriculés de janvier à août 2024 comparé à la même période de 2023. Dans le détail, les VUL (moins de 3,5 tonnes) dominent le marché, avec 260 834 immatriculations, contre 617 VU de 3,5 à 5,1 tonnes. Chez Iveco, Stéphane Espinasse note un "marché dynamique" mais prévient que la tendance "diffère de ce que l'on peut vivre en termes de prise de commande pour les mois prochains".

Les porteurs stimulent le marché du VI

 

A quelques semaines de Solutrans (21-25 novembre 2017), le grand rendez-vous tricolore de la filière industrielle, la Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle (CSIAM) vient de communiquer les chiffres du marché à l'issue des dix premiers mois. Evoquant "un exercice positif" avec "de nombreux mois depuis janvier aux niveaux de ventes supérieurs à ceux des cinq dernières années", le président délégué de l'organisation, Thierry Archambault, a fait état d'un marché du véhicule industriel en hausse de 4,6%, à hauteur de 36369 unités.

Un bilan qui cache une réalité plus contrastée entre les deux segments du VI. Représentant désormais 46 % des ventes, celui des porteurs totalise après dix mois 16670 immatriculations et enregistre une progression flatteuse de 12,6%. Une dynamique que la Csiam explique par un besoin de renouvellement du parc après plusieurs années de vieillissement ainsi que par les perspectives positives à moyen termes (2-3 ans) dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics. A l'inverse, le segment des tracteurs recule de 1,3%, pour un total de 19609 ventes.

48 000 immatriculations attendues

Du côté des bus et cars, la situation du marché se dégrade fortement. A l'issue du mois de septembre, celui-ci présente un bilan négatif avec une perte sur un an évaluée à douze points, alors que le segment des bus est davantage impacté que celui des cars (- 17 % pour le premier contre - 10 % pour le second). Pour justifier ce déclin, Thierry Archambault met en exergue "la fin de l'effet des lignes "Macron", les contraintes budgétaires qui pèsent sur les collectivités territoriales ainsi que l'attentisme qui est souvent observé lors des années d'élections présidentielles"

A trois mois de la fin de l'exercice 2017, la Csiam estime que le marché des véhicules industriels devrait présenter un bilan supérieur à celui de 2016, avec plus de 48 000 immatriculations, alors que celui des bus et cars devrait reculer, sans donner la moindre estimation.