Franck Rondot, DAF Trucks France : "Notre objectif est d'atteindre 20 % de part de marché d’ici 2030"

Le Journal du Poids Lourd : Vous avez pris les rênes de DAF Trucks France le 1er novembre 2024. 2025 était donc votre première année pleine en poste, dans un contexte de marché difficile, avec près de 10 % de baisse des immatriculations de poids lourds dans l’Hexagone… Comment l’avez-vous vécue ?

Franck Rondot : Ma nomination est intervenue dans un contexte de mouvement interne important, avec notamment l’arrivée de Damien Enot pour me remplacer au poste de directeur commercial. Les hommes ont changé, les méthodes de travail aussi. Dans l’ensemble, cela a été une année de transition. Nous avons dû gérer des niveaux de stocks élevés chez nos concessionnaires, ce qui a pesé sur les prises de commandes. Côté porteurs, des délais supplémentaires chez les carrossiers ont également ralenti certaines mises à la route.

Résultat : nous n’avons pas réalisé une bonne année, ce qui ne constitue évidemment pas une satisfaction personnelle. Nous avons terminé à 12,03 % de part de marché sur le segment des plus de 16 tonnes, contre 14,5 % en 2024. Pour autant, je considère que le travail de fond a été bien mené : nous avons revu notre pilotage des volumes, notre capacité d’anticipation des commandes, l’adaptation de nos productions… Ce qui m’intéresse désormais, c’est 2026. J’ai fixé comme objectif de regagner la part de marché perdue. Ce ne sera pas simple, car nos concurrents ne nous laisseront rien.

JPL : Le début d’année 2026 vous donne-t-il de bons espoirs ?

F.R. : Le mois de janvier reste traditionnellement plus calme, les immatriculations étant souvent avancées en décembre. Néanmoins, l’année démarre positivement : nous enregistrons près de 50 % de prises de commandes supplémentaires par rapport à la même période l’an passé. Les investissements réalisés en fin d’année nous donnent aujourd’hui davantage de visibilité sur nos livraisons à venir. Nous nous situons actuellement environ 10 % au-dessus de notre potentiel de livraisons par rapport à la même période en 2025. Notre objectif est d’atteindre 20 % de part de marché d’ici 2030, en Europe mais aussi en France, car il s’agit d’un des trois pays les plus importants pour DAF, aux côtés de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

JPL : Quelle est votre stratégie pour atteindre ces ambitions élevées ?

F.R. : Nous travaillons autour de trois principaux piliers : le réseau, son animation et l’Uptime. Sans le réseau, nous ne sommes rien. Mais l’évolution du marché et la concentration de nos clients nous poussent à nous adapter. La vision "Dealer of the Future" du groupe prévoit qu’un concessionnaire DAF devra, à terme, dispose d’un potentiel minimal de 400 véhicules sur sa zone, avec au moins une trentaine de baies réparties sur l’ensemble de ses sites.

DAF Trucks France compte aujourd’hui 12 investisseurs, 18 points de vente et 101 points de service en France. J’ai rencontré tous nos concessionnaires pour étudier leur envie et leur capacité à s’inscrire dans cette stratégie. Tous ne s’en réjouissent pas mais ils écoutent, car elle impliquera du changement. Concrètement, nos concessionnaires vont devoir passer de "l’épicerie fine" à la grande distribution. Si un point de vente se situe sur une zone représentant 1 000 camions, il ne peut raisonnablement pas en vendre 400 sans élargir son périmètre.

Nous devrons donc accompagner à la fois celui qui absorbera une nouvelle zone, et celui qui la cédera. En parallèle, il est impératif de préserver la qualité de service. Notre objectif est d’atteindre au minimum 120 points de service via notre seul réseau, avec un maillage tous les 60 à 70 kilomètres maximum. Ma priorité demeure la qualité du service client : sans elle, la fidélité n’existe pas.

JPL : L’animation réseau, qui vous tient à cœur, est-elle étroitement liée à ce projet de refonte du maillage de DAF Trucks France ?

F.R. : Oui. Il s’agit de notre capacité à embarquer nos clients comme nos concessionnaires dans la direction que nous fixons. Nous devons réorganiser nos équipes terrain. Historiquement, nous fonctionnions avec des responsables de région et des responsables grands comptes.

Mais si nous structurons des groupes capables de vendre au moins 400 camions par an, et disposant de plusieurs concessions en France, ils devront bénéficier d’interlocuteurs identiques partout, avec des réponses harmonisées. Cette cohérence renforcera la relation et, mécaniquement, nos performances.

JPL : En parlant de réseau… Le plus gros distributeur DAF Trucks en France, GSVI, pourrait passer aux mains de GCA, un des groupes de distribution VL les plus importants en France. Quel impact aurait ce changement de propriété pour ces 16 concessions situées dans le bassin lyonnais, le Sud-Est et le Sud-Ouest ? (ndlr : cette interview a été réalisée avant l'officialisation du rachat de GSVI par GCA)

F.R. : C’est un gros dossier, car le groupe GSVI représente entre 20 et 25 % du volume total des camions DAF vendus en France. Ce projet de vente date de plus d’un an : c’est long car on parle de beaucoup d’argent, d’un gros investissement et de beaucoup d’affect : c’est un groupe qui a fait du bon travail pendant des années et a investi dans notre marque pendant plus de trente ans, ça se respecte. Nous allons entrer dans un nouveau cycle. Cela peut sembler dangereux de faire entrer une société venant d’un autre secteur que le poids lourd, car notre métier est très spécifique.

Mais je trouve que cela peut nous donner un nouvel élan et nous apporter des choses. Dans le monde du véhicule industriel, nous sommes dans un entre-soi. Par ailleurs, je ne voulais pas que les repreneurs de GSVI soient déjà dans le poids lourd, car je ne crois pas au multi marquisme. Rien n’est officiel pour l’instant, mais c’est une question de virgules désormais, on en voit le bout. Et c’est flatteur de voir des entreprises vouloir investir chez DAF Trucks. Il y a trente ans, peu de monde souhaitait investir dans la marque.

JPL : Vous disiez que la qualité du service est votre priorité, et l’Uptime est le troisième pilier de votre stratégie à horizon 2030. Quelle est votre vision du service après-vente ?

F.R. : Plus qu’être réactif, il faut maintenant être proactif pour limiter au maximum les taux d’immobilisation des camions. Ma notion d’Uptime, c’est organiser nos services, nos équipes, et avoir une distribution très performante pour faire en sorte que, quand la panne arrive, elle soit anticipée et maîtrisée. Avec Paccar Connect, nous disposons désormais d’outils permettant d’identifier lorsqu’un véhicule est immobilisé dans des conditions anormales, et d’intervenir rapidement.

En 2025, 94 % des camions livrés étaient connectés. Parmi eux, 72 % autorisent le suivi à distance par nos concessionnaires. Le taux de consentement permettant une intervention technique à distance atteint aujourd’hui 40 %, ce qui reste perfectible. Notre objectif est d’atteindre 70 %. Une part croissante des incidents relève du logiciel. Il est donc plus pertinent d’intervenir à distance lorsque c’est possible, et de réserver l’atelier aux interventions lourdes nécessitant du temps et des ressources.

Je suis par ailleurs convaincu que les transporteurs reviendront progressivement vers leurs concessionnaires : maintenir un atelier interne coûte cher, et les véhicules modernes laissent de moins en moins de place aux interventions autonomes. Nous avons de fortes ambitions en matière de contrats d’entretien. Cette stratégie impliquera des investissements pour certains concessionnaires. De notre côté, nous prévoyons l’ouverture d’un centre de distribution de pièces en France en 2027, afin d’améliorer encore nos délais de livraison.

JPL : DAF a mis plus de temps que certains concurrents à développer sa gamme électrique. Pourquoi ?

F.R. : Nous avons été parmi les premiers sur cette énergie en mettant un CF électrique sur le marché en 2018. Toutefois, la Nouvelle Génération DAF est arrivée rapidement ensuite, ce qui nous a conduits à revoir nos priorités. Les premiers tests de nos nouveaux camions à batteries en 2022-2023 n’étaient pas totalement satisfaisants, ni en autonomie ni en TCO.

Par ailleurs, notre réseau n’était pas encore équipé en infrastructures de recharge. Nous avons donc choisi d’attendre que notre offre soit pleinement aboutie et capable de répondre aux besoins d’environ 90 % de nos clients, tout en nous assurant que notre réseau soit prêt. C’est le cas depuis 2025. Nous avons probablement perdu un an. Certains concurrents ont pris des positions chez certains clients, mais le marché reste émergent.

JPL : Vous avez bien fait d’attendre, car les DAF XD et XF Electric ont remporté le prix de l’"International Truck of the Year 2026" en octobre dernier. Quelle est la force de votre gamme ?

F.R. : Je ne sais pas si on a les meilleurs camions électriques mais, ce dont je suis sûr, c’est qu’on a la gamme la plus complète. XB, XD, XF, XG, XG+… Nous proposons exactement la même gamme de camions en thermique et en électrique. Nous avons lancé les multi-essieux début 2026, et avons des configurations en 4×2, 6×2, 6×4, 8×4, 8×2×4, etc. Toutes les tailles de cabines sont disponibles. Nous avons commencé nos démonstrations et avons beaucoup de demandes. Notre objectif est de vendre 200 camions électriques en France cette année, et je suis confiant pour l’atteindre. J’aurais même aimé un objectif beaucoup plus ambitieux.

JPL : Selon vous, à quel horizon la technologie électrique va-t-elle réellement décoller ? Quand sera-t-elle compétitive pour les transporteurs ?

F.R. : Si la courbe reste linéaire, nous serons à 30 % de ventes électriques en 2030. Sur un marché à 44 000 immatriculations, cela représenterait 2 700 unités par an pour nous si nous atteignons 20 % de part de marché. Je ne suis pas impatient, mais il faut être prêt. Nos clients vont encore vers l’électrique surtout par obligation, et d’autres préfèrent attendre. Tant qu’on n’aura pas imposé aux chargeurs de recourir à des camions électriques, ça ne fonctionnera pas. Le décollage pourrait néanmoins être rapide.

La location opérationnelle constituera sans doute une étape clé. Début février, nous avons lancé "We Are DAF", une offre locative couvrant à la fois le thermique et l’électrique. Ensuite, la compétitivité dépendra des prix de l’électricité et du carburant, qu’on ne maîtrise pas, mais aussi de ce que l’État va mettre en place. Il faut que les incitations financières soient maintenues. Avec le temps, les véhicules vont gagner en performance, nos systèmes de recharge seront implantés et répondront aux besoins des clients. Nous allons d’ailleurs sans doute atteindre le million d’euros de ventes en chargeurs en 2026 avec notre large gamme Paccar Power Solutions, dont la majorité pour notre réseau.

Avec tout cela, la rentabilité du modèle électrique peut vite arriver, notamment pour la distribution urbaine et régionale. Pour certains, qui roulent beaucoup, ça l’est déjà. Pour d’autres, ce ne le sera peut-être jamais.

JPL : Vous avez fini par lancer une gamme compatible au B100 après plusieurs mois de tests. Qu’en est-il du B100 exclusif ?

F.R. : Le B100 reste un produit franco-français. Or, quand DAF Trucks produit un camion ou un moteur, c’est pour toute l’Europe. Nous avons expliqué au siège l’importance du B100 ici. Le fait que la France représente 15 % des ventes de DAF Trucks a aidé. Nous avons donc un camion de la Nouvelle Generation DAF avec le moteur MX-13 compatible au B100. Il n’est pas exclusif, mais nous conseillons tout de même de l’utiliser uniquement avec du B100 pour éviter d’abîmer le moteur.

Si cette gamme ne permet pas de prétendre au suramortissement, elle est très performante en termes de consommation et nécessite peu d’entretien. Cela rend le camion très rentable à l’exploitation. Les débuts de la commercialisation sont bons : nous en avons vendu un nombre satisfaisant et nous n’entendons pas parler de ceux qui ont été livrés, ce qui est bon signe.

JPL : Comment imaginez-vous le mix énergétique à moyen terme ?

F.R. : Il y aura de tout ! Nous avons toujours eu cette philosophie. L’avenir sera notre capacité à pouvoir fournir toutes les solutions possibles en fonction de la demande du client, et en fonction de son activité. Les transporteurs, de leur côté, devront arrêter de tous acheter le même camion pour faire différents types de missions.

Ils devront choisir, dans une gamme de solutions, ce qui est le mieux adapté pour eux, en fonction des aides financières, des restrictions de circulation, des taxes, etc. Il y aura toujours du gaz. Le B100, on connait ses capacités. Le HVO sera à 70 % consacré à l’aviation, donc il en restera une faible part pour le transport routier. Il y aura une part grandissante d’électrique, et on aura sans doute un peu d’hybride et d’hydrogène.

JPL : Croyez-vous à l’avènement de la technologie hydrogène dans le poids lourd ?

F.R. : Si vous m’aviez posé la même question sur l’électrique il y a dix ans, je n’aurais peut-être pas eu le même discours qu’aujourd’hui. Donc pour l’hydrogène, on verra. C’est le marché qui fera foi. Si demain, le marché, c’est l’hydrogène, nous devrons être prêts. Mais on ne le proposera que quand ce sera économiquement viable. Nous n’allons pas vendre des camions des centaines de milliers d’euros avec un hydrogène pas encore vert et trop cher, qui conduirait les transporteurs à la faillite. Notre métier est de mettre sur la route les véhicules dont les clients ont besoin.

Le marché du poids lourd devrait retrouver des couleurs en 2026

Le pire a été évité. Mieux : la tendance laisse apparaître un certain optimisme pour 2026. Alors qu'à la fin du premier semestre 2025, on recensait une baisse de 19,1 % des immatriculations de poids lourds de plus de 5 tonnes en France, la chute annuelle est finalement inférieure à 10 %, comme l'a montré le dernier Observatoire du véhicule industriel (OVI).

Au total, 44 119 camions ont été immatriculés en 2025 selon l'OVI : 22 870 tracteurs (-10,5 %) et 21 249 porteurs (-9,2 %). "2025 a été une année à deux visages. Le second semestre 2025 a été bien meilleur que le premier, confirme Arnaud Villéger, directeur de l'OVI. Nous avons recensé une forte accélération des immatriculations sur la fin d'année."

L'électrique a gagné du terrain en fin d'année

Si l'on se focalise sur les énergies, le diesel reste très majoritaire : 89,3 % des immatriculations. Une part stable sur l'ensemble de l'année. Les quelque 11 % restants sont partagés entre les différentes énergies alternatives. On retrouve 2,1 % d'électrique, 3,3 % de GNV et 5,2 % de B100 exclusif.

À noter que l'électrique a eu tendance à prendre de l'ampleur en fin d'année, avec 3,7 % des immatriculations du mois de décembre. "Le dispositif des CEE est maintenant lisible et disponible. Il a mis du temps à se mettre en place mais maintenant ça accélère", se réjouit Arnaud Villéger. Et, étant financé par des obligés, le dispositif ne dépend pas des calendriers politiques souvent bousculés.

Si les 1 000 immatriculations électriques étaient espérées pour 2025, la barre n'a pas été atteinte. Seulement 931 poids lourds à batteries ont été mis à la route l'an dernier. Pas loin. "Je pense qu'on accélèrera franchement en 2026, prévoit le directeur de l'OVI. Il y aura peut-être 30 à 40 % d'immatriculations de camions électriques en plus (soit 1 200 à 1 300 unités, ndlr). Je pense que c'est un objectif réaliste. Est-ce que les autres énergies alternatives seront pénalisées ? Ou le diesel sera-t-il bousculé ? Nous verrons !"

Jusqu'à +5 % d'immatriculations espérées pour 2026

Pour l'année 2026 complète, cette fin 2025 laisse espérer que la dynamique se poursuivra. L'OVI table sur une progression de 0 à 5 % des immatriculations sur l'année complète, soit entre 44 000 et 46 350 unités. Cet optimisme s'explique par le dynamisme récent, donc, mais aussi par la stabilisation des prix et des taux, ou encore les incitations fiscales pour développer les énergies alternatives. "Et 2025 a été faible, donc nous allons repasser dessus", ajoute Arnaud Villéger.

Dans le détail, c'est surtout le marché des tracteurs qui devrait bien reprendre. Entre +5 et +10 % de volumes sont visés (entre 23 980 et 25 261 unités), avec notamment une hausse des commandes de plus de 24 % à l'heure actuelle. Cependant, une baisse est attendue côté porteurs, entre -6 et -1 % (entre 20 020 et 21 089 unités). La contraction des parcs, le pessimisme des exploitants et l'augmentation des coûts d'exploitation (+2,4 % en 2025 dans le TRM, selon le CNR) appellent à la prudence.

Notons un retour à la normale pour les délais de livraison avec une moyenne de 92 jours à fin décembre 2025 (hors carrossage), contre 111 jours un an et demi plus tôt.

Bilan 2024 des véhicules industriels : y a-t-il péril en la demeure ?

"Des chiffres alarmants ? Je ne sais pas. Mais il est certain qu'ils ne sont pas bons." Ce constat dressé par Arnaud Villéger, directeur de l’Observatoire du véhicule industriel (OVI), pendant la présentation du bilan de l'année 2024 côté VI, résume la situation. D'un point de vue global, le nombre d'immatriculations en France sur les plus de cinq tonnes augmente de moins de 1 %, à 48 946 unités. Avec de fortes disparités.

En effet, si les porteurs affichent une hausse considérable avec 23 398 immatriculations (+14,7 %), celles pour les tracteurs sont en chute libre, de -10,2 % (25 548 unités). Et cela concerne toutes les configurations.

670 immatriculations électriques

Sans surprise, les poids lourds roulant au diesel ont encore représenté 90 % des immatriculations en 2024. Ils étaient 43 967. "On ne va pas passer à 70 % l'an prochain, le diesel restera extrêmement majoritaire", prévient Arnaud Villéger. Derrière, les camions roulant au B100 exclusif continuent de percer, avec 2 723 immatriculations. Alors que le GNV continue de perdre du terrain, à 1 560 unités (-10 %). "L'énergie gaz n'est pas en péril, mais les choses ont changé, il y a plus de concurrents, et forcément la part du gâteau se réduit", analyse le directeur de l'OVI.

Avec 670 immatriculations, et malgré un premier semestre assez faible, un plus grand nombre de poids lourds électriques a fini par être mis à la route en 2024. "Si l'on considère que les délais d'approvisionnement sont normaux, les commandes suivant l'appel à projets 2023 de l'Ademe déboucheront sur des livraisons en 2025, et celles de 2024 en 2026. Je pense ainsi que l'on dépassera les 1 000 immatriculations en 2025, et que ça décollera ensuite", prévoit Arnaud Villéger, qui constate par ailleurs que l'intérêt des clients entrant en concessions pour les nouvelles énergies croît légèrement (9 %, contre 8 % en 2023). Mais aussi et surtout que les commandes générées augmentent vraiment (50 % des intéressés l'an dernier, 66 % désormais).

Les carnets de commandes se vident

D'une manière générale dans le VI, les délais de mise à la route se réduisent de plus en plus. Environ un an en 2022, 150 jours en 2023, et désormais 87 jours, soit le niveau le plus bas depuis 2019 (111 jours pour un véhicule nécessitant carrossage). Si ces délais de livraison se réduisent, c'est notamment parce que les carnets de commandes se remplissent moins rapidement. "On enregistre un recul des ventes de VI de 34 % côté tracteurs et de 27 % côté porteurs" déplore Arnaud Villéger, malgré des prix désormais stabilisés, voire en légère baisse (environ -2 %).

Côté camions d'occasion, le constat concorde avec un marché peu dynamique. Les délais de revente se rallongent : 73 jours à fin 2024 en moyenne, contre 50 en décembre 2023. Pour les tracteurs, près de 80 % des distributeurs ont dû baisser leurs prix, de 14 % en moyenne. La part n'est "que" de 50 % pour les distributeurs de porteurs, qui ont diminué leurs prix de 11 % en moyenne. Autre point à signaler sur ce segment : les VO partent de plus en plus hors d'Europe. Cela concerne 17 % des reventes à fin 2024, contre seulement 1 % à fin 2023. La part de reventes en France diminue donc, de 44 % à 37 %.

Forte baisse des immatriculations en 2025 ?

La baisse de remplissage des carnets de commandes pour les constructeurs pousse l'OVI à prévoir un marché en forte baisse pour 2025. L'organisme du groupe BNP Paribas estime qu'il y aura entre 41 000 et 44 500 immatriculations de VI de plus de cinq tonnes. Cela signifierait une baisse comprise entre 9 et 16 %. Les porteurs, après leur hausse en 2024, devraient le plus souffrir (entre -18,8 et -23,1 %), alors que la très mauvaise année 2024 des tracteurs devrait se confirmer (entre 0 et -10 %).

Les perspectives pessimistes des exploitants, la contraction des parcs, le contexte économique défavorable, les contraintes réglementaires coûteuses, ou encore l'augmentation des coûts d'exploitation sont des facteurs qui devraient ralentir le marché du VI. Avec une question de l'OVI en conclusion : "Comment les entreprises vont-elles répondre aux nouvelles exigences environnementales tout en restant compétitives ?"

L'électrique peine à progresser

Le chemin est encore long ! Sur les 33 766 poids lourds de plus de 5,1 tonnes immatriculés entre janvier et août 2024 (un chiffre en baisse de 4,5 % par rapport à la même période en 2023), seuls 316 roulent à l'électrique. La part n'est donc que de 0,9 %, comme le relève la Csiam dans son point de rentrée. L'organisme rappelle que l'objectif 2030 est que 46 % des immatriculations de PL soient 0 émission en 2030.

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Des aides indispensables

Par rapport à la période janvier-août 2023, la hausse d'immatriculations électriques est certes de 20,2 % (263 mises à la route l'an dernier), mais la part reste faible. Dans le détail, on retrouve 220 porteurs à batteries (-7 %) pour 96 tracteurs (+269 %). La part de l'électrique dans le mix des mises à la route pourrait cependant augmenter d'ici la fin d'année : "Les résultats de l'appel à projets 2023 de l'Ademe devraient se traduire dans les immatriculations du second semestre 2024", prévoit Marie Defrance, adjointe à la présidente déléguée de la Csiam.

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Des aides indispensables à la montée en puissance de ce marché selon la Csiam. "Le budget des aides a été doublé en 2024 par rapport 2023, se réjouit Marie Defrance. Nous espérons que cette enveloppe continue à être augmentée en 2025, mais nous n'avons pas de visibilité pour l'instant. En Allemagne, l'arrêt des aides a fortement impacté les achats de PL électriques."

Le B100 exclusif en forte hausse

Sorti de l'électrique seul, les énergies alternatives dans leur ensemble progressent. Les immatriculations de PL roulant au gazole concernent encore 90,3 % du total à fin août, mais elles représentaient 92,5 % des mises à la route fin août 2023. La baisse est donc enclenchée. 5,4 % des immatriculations concernent désormais des camions roulant au B100 exclusif, une part de marché presque doublée sur un an, justifiée par un cadre réglementaire favorable. Le gaz baisse un peu : 3,3 % dans le mix, contre 4,2 % il y a un an.

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"Environ 15 % des immatriculations sont réalisées en biocarburants de façon exclusive B-1 ou non exclusive B-100 et XTL. Il s’agit aujourd’hui de la solution préférée à court terme des transporteurs pour décarboner, remarque Jean-Yves Kerbrat, directeur général de MAN Truck & Bus France. On ira vers de l'électrique et hydrogène. Mais, a minima, il y a cette première phase de décarbonation qui s'est enclenchée." Les biocarburants permettent en effet de réduire les émissions des poids lourds à court terme, mais ne répondent pas à la réglementation européenne. "Seuls l'électrique et l'hydrogène le font", rappelle Marie Defrance.

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L'hydrogène, une "niche" ?

La Csiam prévoir que l’hydrogène sera une solution "probablement en fin de décennie", mais seulement "dans les cas d’usage où les véhicules à batteries ne seront pas en capacité d’opérer". Cette énergie "devrait rester une niche pour les poids lourds".

En attendant, Marie Defrance insiste sur le besoin d'une "neutralité technologique entre les biocarburants, qui permette à court terme un baisse des émissions du puit à la roue". Elle ajoute que la Csiam souhaiterait "un cadre réglementaire favorisant le XTL exclusif, comme pour le B-1, éligible au Crit'Air 1".

L'électrique bientôt majoritaire pour les bus

Côté bus, l'électrique atteint plus de 40 % de part de marché sur les immatriculations, contre 19 % à la même époque l'an dernier. C'est plus que le double du gazole (16,2 %), et juste derrière le gaz (43,3 %), qui connait lui une forte baisse (57,8 % des immatriculations à fin août 2023). Parallèlement, l'électrique ne représente que 0,9 % des cars mis à la route, pour lesquels le gazole reste majoritaire (87,8 %). La Csiam a d'ailleurs annoncé un groupe de réflexion sur les segments bus et cars. Elle entend "tenter d'élaborer des messages communs sur la filière".

Pour les VU, enfin, le diesel reste majoritaire, sans surprise. Il concerne 78 % des immatriculations des 8 premiers mois de l'année. La part des motorisations essence est de 13,3 %, quand l'électrique est à 7 %.  Les VU à batteries représentaient 7,8 % des immatriculations lors des 8 premiers mois de l'année 2023. La part de marché est donc en baisse… Mais le chiffre brut a lui augmenté, comme les immatriculations totales. 18 156 VUL électriques ont été mis à la route entre janvier et août (+3 %), et 30 VU de 3,5 à 5,1 tonnes (+50 %). "Sur les gros utilitaires, on reste sur 97 % de diesel", remarque néanmoins Jean-Yves Kerbrat.